Chronic

30 janvier 2016

Ça se sait même sans le dire, la forme de l'évidence

C'est le titre qui compte. Après, que t'avales, que tu bois, que tu dégustes ou pas, ça s'en fout royalement. Eh oui, parfaitement. Ça s'en tape le coquillard par terre; t'as déjà acheté.

Je les imagine, caché derrière des masques, mais pour ce qui se trouve en dessous du cou, en tenue d'Adam et Eve. Gras, l'attitude suffisante du vainqueur posant un pied avec nonchalence sur l'animal au sol qui se vide de sa vie, le coeur battant puis plus lentement, moins fort jusqu'à l'ultime instant d'une agonie consciente. Je les imagine jouïr de chacun de ces derniers instants, pas les leurs. Profiter de cette position dominante parce que ça n'en raconte pas la faiblesse. Et ce qui ne coule pas de soi, ce qui coûte, est un peu pénible quand ça y pense, devient une excuse parfaite. Ça se dit empathe et ça se contrit pour la photo. Quand ça paraît naturel, pourquoi se priver d'un reflet dont ça s'est déjà convaincu du bien-fondé et commun. Un portrait noir/blanc entre potes...

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18 septembre 2015

Krimi

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Au début, c'est un truc qui rend curieux, un vide qui veut être rempli. Cet espace crée un besoin et un début de forme, souvent artificielle. Il suffit, en effet, de le dépeindre en ce qui nous ressemble quand on a un peu peur de manquer, de l'étrange préconçu alors comme vampire. En faire une sorte de jelly pops fluo efficace, que l'on peut avaler sans trop se poser de questions, puisque presque solide. Excepté une curiosité volontaire de mener l'enquête, connaître la recette, reconnaître les ingrédients essentiels et étapes indispensables.

 À la loupe, très cher Watson. Lui tire tranquillement sur sa pipe préférée, parfois partagée et réfléchit au contexte. Une sortie d'hiver, un trio et un slogan. La saison est froide, la gelée a bien pris. Le résumé de l'aventure a un goût crédible et sis, un formidable réseau d'amateurs de comédies musicales en tout genre, entièrement disposible. Les petites bu-bulles se partagent à flot, comme des idées accomodantes qui paraissent en plus intelligentes, un karaoké en mono, à la raisonnance simplifiée, une facilité bien huilée.

 Le sens viral de l'argumentaire, une image trop bien pour l'être sans mentir et le produit, presque nouveau, s'est très vite diffusé. Il a investi le marché local d'une saveur recomposable à l'infini et acquis les lettres d'une noblesse outrageusement synthétique. Un mélange suave et chimique dont un des éléments a été toutefois vite appréhendé. Fort heureusement, 9 mois, 24 ou 36 restent dans la prescription en vigueur et les détectives savent le respecter. Dans l'attente, regarder et agir spontanément, le coeur et la loupe à l'ouvrage.

 Pinnochio, Épouvantail et Polichinel, en co-location, servent d'alibi, jouant à cache-cache dans le quartier, mais pas si longtemps. Un constat détonnant lorsque, en direct au cinquante-neuf, chemin de la Rumeur, on voit un serpent se mordre la queue, l'origine de l'affaire rencontrant un épilogue. En plus de l'auto-pression, l'envie de crier sa planque, en vérité. Une position trop bancale et solitaire pour l'habiter jusqu'à la fin.

 On observe logiquement la cohérence de toutes les pistes, Facebook sur les gens et Wikipedia sur les énoncés, en passant. Un instantané se révèle. Un visage de procrastination témoignée comme superficielle, hélas, d'une nature opportuniste parce que profondément outrancière. Dans la mésestime, c'est maintenant prouvé. Sur le cliché au rayon X, est prise au vif, tête dans le sac rempli de gourmandises à l'anglaise, la prétentieuse truffe d'un chiot. Aux yeux chocolat crème battus, au soupçon de mépris qui s'y glisse, il a de grandes dents, voulant garder les pattes au propre et tirer la couverture du sauveur.

 Rempli surtout d'une faim excessivement grosse de pouvoir, à son âge. Accro d'être désiré à tout prix, la valeur du toc, tant que c'est sucré. Ce second élément, trop près, trop énorme pour être deviné au premier abord (les premiers concernés sont toujours les derniers à savoir), valait la peine et le détour hors-la-loi. Au delà des limites imposées par l'exercice de style, les rencontres sont si variées, toutes enrichissantes, savez-vous?

 Maintenant que les indices ont trouvé leur place dans le puzzle, il est fort heureux d'avoir découvert le fin mot de l'histoire. Son commencement devrait-il même dire, caressant encore le poil brillant aux fines boucles caramel du pauvre animal, avant sa fuite organisée des forces du mal qui l'encerclent de partout, du dedans au dehors.

Posté par Dominique Zeit à 17:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 septembre 2015

Derrière le grain

islande_balles_de_foin

 

Une enveloppe blanche, ne prenant pas assez l'air et le soleil du fond de son tiroir, que je caresse doucement du bout du doigt. La mettant sous le nez, j'en recherche quelques traces, quelques souvenirs odorants. Elle parait vide, délaissée par inattention et habitudes. Des pensées préconcues et désincarnantes. Elle peut pourtant contenir quelques petits cailloux de diamant brut. C'est dur, d'accord. Mais n'a-t'on pas toute la vie pour apprendre à s'attendrir, pour se patiner?

 Des mille feu qui l'habitent, juste une fragment poli, une facette opaque pour faire entrer la lumière. Par la forme créée d'ombres, malaxée par la réflexion, ou par ce fond lumineux; par le haut ou par le bas. Tout est vrai, tout fonctionne, si la fenêtre de l'âme est dûment remplie. L'idée de cet objet de désir peut me toucher, même d'un horizon lointain. Mieux vaut patienter, la déchirer pour l'ouvrir de force est trop brutal, elle semble si légère, presque fragile.

 Les sens à l'affût, tous pour observer comme un pli qui se refuse, une ligne que je voudrais se déployer pour écrire des signes d'envol; avec une paire d'ailes pour un duo d'anges boiteux. Et sur un timbre imaginaire, le tampon à l'ancienne formerait des gauffres, des cloques comme collines d'un paysage. D'envers en décor en langue de braille, un mot voulu doux que les pupilles brûlées d'un aveugle lit et entend trop fort. Un echo se crie au cerveau reptilien, y résonne.

 J'ai peur que le vide ne se remplisse que d'une rature. Alors, sans être le destinataire, je ne pourrai pas la dénuder pour en lire le corps. Ni découvrir le fil et les mots de son existance. Sans connaître les dessous de cette chair qui m'aurait raconté ses souvenirs et même les cicatrices qu'elle a voulu effacer. Comme si ma boîte à lettre avait disparu, que les facteurs en oubliaient subitement le chemin de leur tournée, que l'expéditeur veuille être ou me mettre sur liste noire.

 Ainsi s'efface la correspondance et les j'aime. Par la folie de la communication, j'en ai perdu la réponse et ne comprends plus la question. Comme si fille de Mercure, mes pieds restaient enracinés dans une idée en papier trop maché. Mais dans l'attente, Monsieur, je vous adresse toute ma tendresse.

Posté par Dominique Zeit à 22:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]